Jonas Cairn, délégué du personnel dans l'entreprise de poêles et cuisinières Dieudans, se bat contre la vente de l'usine et la suppression d'un millier d'emplois. 


2003
Une vingtaine de personnages, pour 9 à 12 acteurs.

ames soeurs

UNE PIÈCE FIN DE SIÈCLE

(Article paru dans " Les Cahiers du Théâtre ", Revue trimestrielle de la Comédie Française, n°36, Été 2000.)

Cairn est le héros de Cairn, et il porte ce nom de "cairn" qui désigne un tumulus, un tas de pierres que les voyageurs et les explorateurs dressent comme trace de leur passage, comme point de repère. Cairn est à l'école primaire quand son père est tué en Algérie pendant la guerre d'indépendance; il est, trente-sept ans plus tard, leader syndical dans une usine de poêles et de cuisinières à l'heure de la "mondialisation ". La pièce est l'histoire du destin de ce héros rebelle. Quel est ordinairement le destin d'un "rebelle" ? Révolutionnaire, poète ou homme de pouvoir. Cairn raconte l'histoire d'une rébellion qui ne se convertit en aucune de ces trois figures. Et c'est ainsi qu'elle pose des petits tas de pierres dans le siècle écoulé.
C'est une pièce qui n'aura peut-être pas de " chance " : elle tombe mal. Parlant de notre temps, elle est intempestive. Contre le " tableau " — voyez ces personnages habilement croqués, ces situations cocasses ou terribles —, elle fait le pari de l'épopée : suivez ce mouvement, comprenez ces transformations, butez sur ces contradictions... Les petites histoires domestiques, les petites subversions convenues, les petites perversions à la mode, les petites descriptions sans conséquences, les petites dérives pittoresques abondent dans la dramaturgie (théatre et cinéma) contemporaine; Cairn tranche en faisant tomber les murs pour que le "monde" soit sujet de son histoire...
Le deuxième intérêt de cette pièce — et ces deux-la suffiront — est son style : c'est une pièce qui " exagère ". Elle tranche avec le bon ton à l'ancienne dont les régurgitations se font rare, et avec le bon ton progressiste qui domine. Oui, elle n'a pas de " chance "... En quoi exagère-t-elle ? En ce qu'elle rompt avec le réalisme et l'allégorie. Elle ne reproduit pas la réalité, elle la grime, et elle refuse l'abstraction du symbole. Avec l'histoire que Cairn raconte, on pourrait faire un téléfilm, c'est-a-dire la réduire à la banalité homogène de nos représentations, mais elle reste " indigeste " grâce a son style. Quel est-il ? En deux mots : grotesque et poésie, sachant que "grotesque" n'est pas bouffonnerie complice, et "poésie", charme du crépuscule. Grotesque et poésie, ce qui nous manque...

Jean-Loup Rivière


Premières représentations : mai 2003, Célestins - Théâtre de Lyon, mise en scène Claudia Stavisky

Édition : Minuit, 2003

France Culture : enregistrement en public lors du Festival "Mousson d'été 2002" à Pont-à-Mousson. Mise en ondes Claude Guerre. 1ère diffusion 3 septembre 2002.

Traductions :

Heinz SCHWARZINGER
allemand
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FERNANDO GOMEZ GRANDE (esp.)
espagnol (castillan) -Editions "Astillero", Madrid, 2005
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Ella WILDRIDGE
anglais
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Cairn - Enzo Cormann
Cairn - Enzo Cormann
Cairn - Enzo Cormann
Cairn - Enzo Cormann
Cairn - Enzo Cormann
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