PERFORMANCES (& PODCASTS)


 

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dits à phrazzer

« Seule la bouche capable de devenir une oreille est une vraie bouche »
SERGE PEY

Apparus au XIIè siècle, les « dits » (Le Dit de la panthère d'amours, de Nicole de Margival ; Le Dit des ribauds de Grève, de Rutebeuf...) sont des textes conçus pour être lus ou déclamés — non chantés. Héritiers directs des lais et des fabliaux, ils se muent peu à peu en poèmes lyriques, narratifs, voire en chroniques rimées comme dans le Voir dit de Guillaume de Machaut, qui fait le récit d'un amour vécu. J’ai repris à mon compte cette appellation tombée en désuétude à la fin du Moyen-Âge pour qualifier les écrits que je destine à un théâtre « nu » ou « à cru » — ne recourant à d’autres outils que la voix, et à d’autres scénographie et protocole spectaculaire qu’un performeur à son pupitre.

Depuis 1989, date de la création de la version musicale du monologue dramatique Le Rôdeur, publié sept ans plus tôt, j’ai par ailleurs écrit de nombreuses partitions verbales pour la scène musicale, notamment jazzistique.
Ces « jazz poems », instruits des spoken words initiés outre Atlantique dans les années 60 par les poètes de la Beat Generation ou par des groupes comme The Last Poets, ont vocation à être proférés au sein d’un ensemble orchestral, sans pour autant recourir au chant, ou au système de scansion et de rime du rap. Ils se conçoivent en tension plus qu’en symbiose avec la musique, laquelle n’est pas requise à titre d’accompagnement, de supplément climatique ou émotionnel, mais tisse avec la parole un agencement collectif inclassable. Cet agencement flexible, instable et imprévisible, engage ses composantes dans des devenirs croisés : devenir-musique de la parole / devenir-parole de la musique.

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Qu’il soit ou non destiné à s’associer à la musique, le « dit » est un dispositif d’énonciation plus que de représentation : quelqu’un se lève et prend la parole — parole publique, assembleuse, génératrice d’attroupement — non pour tenir un discours, informer, ou défendre une cause, mais dans l’idée de ménager un regard sur le réel par le biais d’une fiction ou d’un pas de côté imaginaire, et d’une langue émancipée du carcan de la quotidienneté et de l’instrumentalisation productive.
Bien davantage qu’une fable ou qu’un poème à proférer, le « dit » est mutation, transmutation du poème (que ce dernier soit narratif, contemplatif, méditatif, ou pur jeu de langue) en assemblée pensive. Contrairement à la « lecture publique » (destinée par exemple à promouvoir un ouvrage ou à illustrer une conférence), il est un geste artistique spécifique et autonome. Sa performance publique se distingue de la récitation ou de la simple lecture à voix haute en ceci qu’elle effectue sur l’énoncé une opération qui ne se résume pas à sa simple transcription orale — même « investie » émotionnellement. Le diseur ou la diseuse engage sa subjectivité dans l’invention plus ou moins spontanée, plus ou moins improvisée, d’un phrasé opérant un déplacement sensible de l’ouvrage. « Dire » de la sorte un texte, plutôt que le « lire », c’est en rejouer l’émergence ; c’est le réinventer comme pensée au travail ; c’est en rejouer l’écriture — le présentifier plus que le présenter (ou le représenter.)

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J’appelle « phrazzer » ce travail de dé-réification du texte, cette ligne de fuite qui arrache l’écrit à la page ou au fichier pour le passer au « plus-que-présent » de l’immédiateté, de l’instant théâtral. L’allusion orthographique au jaZZ veut en outre rappeller la part d’improvisation (de composition instantanée multimédiate, selon l’heureuse formule de Bernard Lubat) qui caractérise cette musique. Sans doute le diseur n’improvise-t-il pas le poème, mais il n’en invite pas moins celui-ci à s’improviser dans sa bouche — opéra bouche


Perfs solo

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Mon parcours d’œuvrier verbal, débuté il y a exactement 40 ans (j’ai publié mon premier ouvrage aux Éditions de Minuit en 1982…), s’est toujours composé de deux chemins entrecroisés : écriture et performance.
L’équipée jazzpoétique de LA GRANDE RITOURNELLE, initiée avec le saxophoniste Jean-Marc Padovani, et longtemps hébergée par le Théâtre de la Tempête (Cartoucherie de Vincennes), a produit une trentaine de spectacles, des enregistrements radiophoniques, des albums...
Ce travail de spoken words, en compagnie de nombreux et très divers musiciens de jazz, a cherché pour l’essentiel à inventer des devenirs croisés entre parole et musique, fiction et poésie, écriture et improvisation…

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Après toutes ces années, ces moments passés « dans le berceau de l’orchestre » — aventure ô combien passionnante, mais qui suppose une logistique et des prérequis pécuniaires conséquents… — j’éprouve aujourd’hui le désir de recourir à des formes plus légères, autonomes, (et autoproduites).
Le théâtre peine parfois à offrir des rencontres alliant extrême légèreté du dispositif et ambition artistique.
Quarante années d’expériences théâtrales de toute nature et de toutes dimensions m’ont donné le goût très vif des chemins de traverse et du théâtre « à nu » : parole fédératrice de petites assemblées éphémères et pensives…

Dans cette perspective, et dans cet esprit, je constitue actuellement un répertoire de « dits » — textes à phraZZer — performés en solitaire, et « tout-terrain » (susceptibles d’être présentés dans toute forme de lieux : théâtres, salle banalisée, bibliothèque…)


"VITE !"

« Vite !, disait seulement celui des slogans écrits sur les murs
qui fut peut-être le plus beau. »

GUY DEBORD, Le Commencement d'une époque.

« D'un côté, comme un caillou catatonique, corps aveugle et durci qui se pénètre de mort dès qu'il ôte ses lunettes ;
d'un autre côté, brillant de mille feux, fourmillant de vies multiples dès qu'il regarde, agit, rit, pense, attaque.
Aussi s'appelle-t-il Pierre et Félix : puissances schizophréniques. »
GILLES DELEUZE, Trois Problèmes de groupe.

Convié à une séance de travail d'une compagnie théâtrale qui travaille à partir de ses textes dramatiques, le philosophe Pierre Félix s'endort dans une loge et se réveille au milieu de la nuit, prisonnier du théâtre.
Depuis les gradins, face à la scène désertée par ses acteurs, il entre-prend l'écriture d'une féérie clownesque sur le désir révolutionnaire, qu'il intitule VITE !...

« Ce n’est pas par une pratique exégétique que l’on peut espérer maintenir vivante la pensée d’un grand disparu,
mais seulement par sa reprise et sa remise en acte, aux risques et périls de ceux qui s’y exposent,
pour réouvrir son questionnement et pour lui apporter la chair de ses propres incertitudes. »
FÉLIX GUATTARI

J’ai composé ce polylogue pour voix seule en manière d'hommage amical et artistique à Félix Guattari (philosophe, psychanalyste, auteur d'une vingtaine d'ouvrages entre les années 70 et 1992, année de sa mort à l'âge de 62 ans.) Je l'ai performé pour la première fois dans le cadre des Journées Internationales Félix Guattari (cf. Illustr. ci-dessus.)

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(Félix Guattari( debout), avec Jean-Jacques Lebel et John Giorno.)

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(De g. à dr. : JJ Lebel, Peter Orlovsky, Allen Ginsberg, et Félix Guattari - assis. New-York City, janv. 1982.)

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(De G. à dr. : Félix Guattari, Michel Vinaver, Enzo Cormann, Roland Dubillard. Chez FG, rue de Condé, Paris, 1987.)

Notre amitié intellectuelle et militante, née au théâtre en 1984 autour des récits de rêves de Franz Kafka, n’a malheureusement connu qu’une seule occurence artistique et scénique, avec la lecture-performance de sa pièce Socrate (Théâtre Ouvert, Paris, 1988) — son décès inattendu ayant coupé court à nos projets d’écriture dramatique duelle.

Si les travaux philosophiques et les essais de l'auteur de La Révolution moléculaire et de Chaosmose — notamment ceux écrits avec Gilles Deleuze (L'Anti-Oedipe, Mille plateaux, Qu'est-ce que la philosophie ? …) — figurent en très bonne place dans les rayons de la bibliothèque philosophique du XXè siècle, son écriture dramatique, dont témoignent aujourd'hui une demi-douzaine de pièces composées à la fin des années 80, est en revanche demeurée confidentielle.

 

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 « Ce théâtre comique, potache et d’inspiration dada, témoigne d’une posture existentielle que [Félix Guattari] n’a pas cessé de re-vendiquer :
celle de ne jamais être là où on l’attend, de ne jamais habiter le centre des choses
et d’explorer plutôt les périphéries et les marges. »

FLORE GARCIN-MARROU

Texte publié en mars 2021 par L’ARTISAN CHAOSMIQUE :

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Musique enregistrée par Olivier Sens & Guillaume Orti
Album Reverse (2005)
Label et diffusion Quoi de neuf ?

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Durée : 55 mn.

 PODCAST :


"PERSONNE NE BOUGE"

« Il me faut une prison, j'avais raison, pour moi tout seul ;
je vais y aller, je vais m'y mettre, j'y suis déjà, je vais m'y chercher, j'y suis quelque part, cela ne sera pas moi, cela ne fait rien ;
je dirai que c'est moi, ce sera peut-être moi. »
SAMUEL BECKETT, L'Innommable.

« Tant que nous produirons, sans cesse, des souffrances absolument inutiles, abominables;
tant que nous saurons que, à chaque seconde qui passe, quelqu’un, homme ou animal, se fait torturer, assassiner, tabasser, mutiler, violer, exproprier de son être ; alors la prétention de quelqu’un à écrire, penser, créer sans faire cas de cette souffrance surnuméraire sera nulle et non avenue. »
MEHDI BELHAJ KACEM, Artaud ou la théorie du complot.

Personne ne bouge, partition dramatique en 46 moments et 40 scolies, a été écrit en 2014, et publié en 2017 aux Solitaires Intempestifs.

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Ouvrage lauréat de la Commission nationale d'aide à la création de textes dramatiques – ARTCENA (mai 2017)

Fiction dramatique France Culture, avril 2019. Mise en ondes Jean-Matthieu Zahnd.

Performance version multimédia, 2020-21, Scène Nationale du Mans – Quinconces/Espal - (avec Olivier Sens et Robin Vergnes)

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(Cliquer sur la photo pour accéder au dossier multimédia 'personne ne bouge" des Quinconces-Espal)

 Dans sa cellule de 9m2 du quartier d'isolement, un sexagénaire, condamné à vingt ans de réclusion, reçoit deux fois par semaine la visite du médecin de l'établissement pénitentiaire, une jeune femme qu'il initie aux arcanes de son monde virtuel, hérité de Marlon, icône planétaire et génie tutélaire de l'atoll de Tetiaroa.
L'âme du locuteur prisonnier s'invente un monde, tout un monde, un deve-nir-monde, afin d'échapper à son devenir-prison.
Concomitamment à ce travail d'invention, de fantasme, de monde virtuel, naît un projet d' « évasion ».
Une vie inventée, une mort fomentée.

« on est des paysages docteur — on est un territoire — on s'habite comme on niche auprès d'un point d'eau — en aurons-nous jamais fini avec l'homme ? — participer de l'univers en expansion — croûton dans la soupe cosmique — quand vous souriez docteur vous montrez les dents — moi je n'ai jamais su comment sourire — avec ou sans dents bouche ouverte ou fermée — nous sommes outillés pour mordre mais nous nous battons avec les pieds et les poings — nous aboyons mais nous ne grognons pas — nos pattes sont fragiles — nous souffrons du froid mais nos femmes sont superbes — vous nous quittez déjà docteur ? »
Personne ne bouge, p. 20.

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(Marlon Brando à Tetiaroa, 1970.) 

En 1967, après diverses péripéties administratives, Marlon Brando a acquis l'atoll de Tetiaroa, situé à 50 kms au nord de Tahiti, pour la somme de 270.000 dollars (l'équivalent de 1.800.000 dollars en 2013). L'atoll, composé de 13 ilots, est cerné par une barrière de corail, difficilement franchissable. Brando fit donc aménager une piste sommaire d'atterrissage. Il vivait dans une paillote tradi-tionnelle, et fit construire au fil des ans un petit hôtel, composé de bungalows, susceptible d'accueillir amis et visiteurs. Tetiaroa fut dévasté à deux reprises par un ouragan, en 1981 et 1985. Ces destructions, ajoutées aux déboires de son fils Christian, condamné à 10 ans de prison en 1991 pour le meurtre de l'amant de sa soeur, ont conduit Brando à délaisser complètement l'atoll durant les quinze dernières années de son existence.

La partition dramatique de « personne ne bouge » se présente comme une méditation interrogative et prospective sur le fait même de la détention — sa dimension existentielle.
Cette méditation « à haute voix » est elle-même interrogée, commentée. Un grand nombre de « scolies » (notations en regard, en rebonds ou en contrepoint des propos ou du monologue intérieur du détenu) ponctuent le texte.)

Cette forme ouverte, non strictement théâtrale (incarnation, représentation) est assimilable à une « expérience de pensée » (en anglais : thought experiment ; en allemand : Gedankenexperiment) : manière de résoudre un problème en utilisant la seule puissance de l'imagination humaine parce que les conditions de l'expérimenta-tion ne sont pas réalisables.

En ce sens, la notion de « performance » est certainement la mieux à même de satisfaire au projet artistique sous-tendu par cette partition dramatique : une expérience « à vue », à partir d'une situation fictionnelle évoquée, hors de toute incarnation (corporelle, plastique, architecturale) à caractère réaliste.

Durée : 1h.

VIDEO
ENTRETIEN ENZO CORMANN :

 PODCAST :


Dispositif

Lecture/performance adaptée à toutes formes de lieux : théâtre, bibliothèque, librairie, salle de réunion....

Prompteur-texte et régie son : tablettes sur pied de micro.
Pédale d’effets. Micro à la main.
Autonomie technique. Connexion à un dispositif de sonorisation stéréo (2 enceintes actives.)
Lumière fixe et « de circonstance » : éclairage courant dans les lieux non théâtraux, image cadrée dans les lieux équipés.

Temps d’installation : 1 heure. 

Conditions tarifaires

Lecture/performance facturée (précompte URSSAF) au tarif recommandé par la Charte des auteurs, la SGDL, SOFIA (cf liens ci-dessous)
(+ transport SNCF, hé-bergement et défraiement(s) repas (tarif Syndeac.)

https://www.la-charte.fr/inviter-chartiste/recommandations-tarifaires/

https://www.sgdl.org/sgdl-accueil/services-de-la-sgdl/la-remuneration/les-tarifs-preconises-par-la-sgdl

http://www.la-sofia-action-culturelle.org/remuneration-des_auteurs_participants


Contacts

L’Artisan Chaosmique
Enzo Cormann
10 rue Fbg du Temple
26340 Saillans
06 71 19 92 18

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www.cormann.net

SIRET : 908 059 587 000 18

 Administration / diffusion

Le Bruit Neuf
Arnauld Lisbonne

41 rue du Pavé
78490 LE TREMBLAY-SUR-MAULDRE

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SIRET : 839 724 879 000 11


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